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Allez les bleus!

La frénésie des supporters de l'équipe de France historiquement colonisés par les français depuis près de 5 siècles n'est pas forcément une question politique car il y a bien de la magie exceptionnelle du sport dans toute cette effervescence.


Dans le fond, la joie éphémère procurée ne permet pas d'écarter totalement la question de savoir comment c'est possible pour d'anciens colonisés, des descendants de peuples mis en esclavage qui ont subi la traite négrière ou la déportation en général, d'exulter sous les couleurs du drapeau français.


En relisant certains aspects du comportement psychologique des victimes d'injustices et de toutes sortes de dominations objectives, j'ai retenu au moins deux éléments d'analyse intéressants.


Le premier est le déni.


"Le déni désigne un refus de reconnaître la réalité d'une perception traumatisante. Il s'agit d'un mécanisme de défense inconscient qui constitue une protection nécessaire devant la réalité si angoissante qu'elle peut provoquer un effondrement psychique."


Face à l'angoisse de reconnaître ce que les ancêtres ont réellement subi, la génération actuelle veut absolument laisser le passé au passé et se contenter uniquement du présent.

Car, ce passé n'est pas glorieux concernant l'identité (française) pour laquelle bon nombre se sont battus afin de l'obtenir et de l'adopter.

Ces derniers sont dans l'incapacité d'abandonner cette appartenance à la France pour aller vers l'inconnu.


Ce déni permet une meilleure assimilation et peut justifier à lui seul de saluer le seul drapeau que la plupart ont connu et qui leur confère enfin un sentiment d'appartenir à groupe humain.

Si longtemps déshumanisés, colonisés, arrachés à toutes origines, quoi de plus normal pour certains de tout faire pour gagner ce sentiment d'exister dans un monde qui les a qualifié de meubles ou de choses (cf. Le code Noir de Colbert).


Le déni est ainsi justifié par l'argument de l'amour du sport, sauf, que la réalité est que le sport français est aussi la revendication de l'appartenance à la nation.

Aimer les bleus (même secrètement) revient donc un peu à démontrer à la France à quel point nous sommes sommes français comme tous les français.

C'est en ce sens que certains refusent mécaniquement d'associer le sport à la politique car c'est bien trop gênant de devoir sortir la tête du sable et regarder la réalité en face. D'ailleurs, les mêmes vous diront que tout est politique mais sauf le sport bien sûr.


Le second élément d'analyse est le syndrome de Stockholm.


Qui depuis 1974, conceptualisé à l'occasion d'une prise d'otage en Suède s'est vu utiliser pour qualifier "un phénomène paradoxal de fraternisation entre agresseurs et agressés".

Par extension, on a utilisé en exemple, le syndrome de Stockholm pour décrire la situation dans laquelle un conjoint violent utilise des contraintes et le chantage affectif, en plus de ses menaces et agressions physiques, pour maintenir sa femme dans un état de dépendance.


Un ami pour justifier son patriotisme français a coutume de prendre l'exemple de la famille pour démontrer qu'il n'y aurait pas de sujet à débattre sur cette question.

En réponse, je trouve donc intéressant de partager cet exemple de la relation de couple et par analogie voir comment la France (le mari violent) maintient depuis sa première présence en Guyane un rapport de dépendance vis à vis de la Guyane (l'épouse dominée).


Ce rapport de domination altère profondément l'identité de la personne dominée.


Hors, aucun homme ne peut être homme s'il ne découvre pas son identité.

Il peut passer sa vie entière à la chercher.


Et sur ce dernier point, il convient de comprendre une dernière chose sur cette question de l'identité.

Quand vous voulez dominer un autre être humain, une des choses à faire, et qui ont été faite depuis que le monde est monde, est de lui retirer toute attache psychologique, sociale et culturelle avec son foyer natal.

Les colonisateurs au travers de l'histoire en premier lieu tuaient les pères et les fils, et violaient les mères qui désormais se devaient d'enfanter une génération nouvelle pour effacer toute trace de l'identité d'origine.

Les esclavagistes sont allés plus loin encore.

Ils ont arrachés ni les pères, ni les mères en les séparant des enfants. Ils les plaçaient dans un espace fermé (la plantation) doté de règles nouvelles leur privant de la liberté de se déplacer, se nourrir, se soigner, et s'éduquer.

Ainsi, en Guyane, des générations entières d'hommes et de femmes n'ont connu qu'un seul système social durant des siècles : celui de la plantation. Leur identité était forgé au cœur de ce système qui établissait qu'ils n'était plus des êtres humains mais au contraire des meubles et des choses appartenant légalement à des êtres humains.


Voilà, une des raisons qui peut nous permettre de mieux comprendre l'origine de la ferveur populaire de l'ancien colonisé pour l'équipe de sport représentant la nation colonisatrice.


Alors, oui, il est possible de considérer que ce n'est pas une question politique.

Il est possible de considérer que ce n'est que du sport.

Mais, aimer le sport est une chose et aimer une équipe de sport en particulier en est une autre.

Aimer le sport ou aimer le jeu des Bleus ne nous oblige en rien à courir festoyer en masse sur les places de la ville quand ils gagnent un match.

Il s'agit dès lors de bien autre chose qui se joue qu'une simple joie.

Ce qui se joue est l'explosion de ce plaisir de voir ce que l'on aime triompher. Et quand ce triomphe est celui des Bleus, il est bel et bien celui d'une nation toute entière.


En conclusion, la seule question qui compte peut être est celle tout simplement d'être chacun au clair avec notre sentiment d'appartenance ou pas à la nation des Bleus.

Une fois cette question réglée, il n'y aurait quasisment plus de débat.




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